Ce qui est positif quand on a son blog, c'est qu'on peut y mettre ce qu'on veut : un texte par exemple.

Publié le par Guillaume Gamain



Bon, ben, voilà nous y sommes. C’est maintenant, ici, dans cette église. Je ne suis pas sûr que le lieu soit bien choisi. Qu’il soit idéal. Et toi, quel était ton idéal ? On aurait pu faire ça ailleurs. Chez toi, dans un bar, dans un resto, ou même dans un parc, toi avec ton cigare serré entre tes lèvres, moi avec mon café et mes cigarettes derrière lesquelles je me serais un peu caché. On aurait regardé les enfants jouer. Mes enfants, tes petits-enfants.

En même temps, ici, c’est bien aussi. Et les enfants sont là. Ils ne jouent pas, c’est sûr, mais ils sont là. Et ils sont beaux. Il nous fallait peut-être ça. Il nous fallait sûrement ça.

Il est temps, juste un temps trop tard, de parler, de se parler.
Allez, c’est moi qui commence…

C’est vrai, c’est amusant, on n’a jamais parlé tous les deux. A bien y réfléchir, non, ça n’est pas très amusant en fait.

Un père et un fils ne se parlent pas. A quoi bon ? Un père, c’est fort. Un fils, digne de son père, c’est fort. Jamais de peine, jamais de faiblesses, jamais rien. A quoi cela sert-il ? Tout va bien. Tout va bien. Tout va bien.

Aujourd’hui, je voudrais être faible. Aujourd’hui j’aurais voulu que tu sois un petit père tout fragile et sans trop grande fierté, un petit père qui parle trop et partout, qui parle trop pour trouver un peu de réconfort ici ou là, un petit père qu’on pourrait serrer dans ses bras et lui dire : je suis là.

Aujourd’hui, je voudrais te rencontrer, faire ta connaissance, te demander d’où tu viens, quelle est ton histoire, quels sont tes plus beaux souvenirs d’enfance si tu en as, quelles sont tes joies, quelles sont tes plus grandes tristesses. quelles sont tes peurs ? T’offrir un verre même. Rire avec toi, remplir ma mémoire de toi, Et puis te questionner encore, t’interroger, te harceler pour savoir, pour comprendre, pour mieux te comprendre.
Bien sûr, je te raconterai un peu qui je suis, et tu me raconterais beaucoup qui je suis.

On rattraperait le temps et on le dépasserait.

La prochaine fois, Papa, parle plus. Raconte. Raconte-toi. Confie. Confie-toi. Parle des choses qui t’ennuient. Crache-les. Vomis-les s’il faut. Il paraît que ça soulage, que ça libère. Tu te sentiras mieux. Tu te sentiras bien et heureux dans ta vie. Tu peux me faire confiance, je suis ton fils.

Au fait, je ne te l’avais pas encore raconté, mais il y a quelques jours Raphaël m’a dit qu’il t’aimait… T’as raté ça.

On aurait dû rattraper le temps bien avant, on l’aurait dépassé depuis longtemps.

Un dernier mot puisque tu ne dis toujours ton premier : Bon anniversaire Papa. 62 ans aujourd’hui. Je suis heureux de fêter cet anniversaire avec toi, je suis heureux de te célébrer. Je suis heureux que tout le monde ici soit venu pour te célébrer. Tu me pardonneras de ne pas te chanter « Joyeux Anniversaire », mais si tu ne souffles pas tes bougies, je ne vois pas pourquoi, moi, je chanterais… Joyeux Anniversaire Papa.

Publié dans qq mots

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stephane 03/12/2008 13:22

- "allo papa, c'est Stéphane..."
- "comment ca va ? "
- "super, ca te dirait pas qu'on dejeune ensemble un de ces 4, tous les 2. On a jamais fait ça, je me suis dit que ca pourrait être sympa..."
- "Heu... Oui... mais t'es sûr que ca va ?"
- "Très bien, au contraire, je sors d'une saine lecture qui m'a donné envie de t'appeler, c'est tout"
...TBC

Pagman 03/12/2008 13:14

Wow. Pas de mots. Bravo.