"Les 4 Deneuve", un extrait de la version originale.

Publié le par Guillaume Gamain




Marion : Mais tu veux en venir où avec tes questions ? C’est un jeu pour nous occuper, pour tuer le temps ?

Elsa : C’est pas moi qui tue le temps, c’est lui nous tue. Le temps est sournois, vicieux. Il nous ment. Il nous endort.

Ludivine : Je comprends rien.

Marion : Mais qu’est-ce que tu racontes ? Le temps, c’est notre allié. Tu sais très bien que dans ce métier, il faut beaucoup de travail. C’est grâce au temps qu’on devient meilleur. Et tu sais très bien aussi, qu’en plus du travail, il faut un peu de cette foutue chance. Et peut-être qu’avec le temps, on l’aura cette chance. C’est grâce à lui qu’on peut encore y croire. Malgré les baffes quotidiennes.

Elsa : Le temps t’endort. Il te fait croire ce qu’il a envie de te faire croire.

Ludivine : Je comprends rien du tout.

Elsa : Tu vois, il te charme. C’est lui qui décide. Il te convainc qu’il est ton ami. Et toi, tu y crois. Tu lui fais confiance. Tu bois ses jolies paroles. « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ». Alors toi, tu te lèves tôt, comme il dit, pour arpenter les castings, pour te faire jeter cent fois. Et puis, tu pleures. Tu te dis que ça ne marchera jamais. Il vient alors te souffler doucement à l’oreille : « Demain est un autre jour ». Encore une fois, tu y crois. Le temps est ton ami. Tu reprends confiance. Tu repars. Tu es re-talentueuse. Tu es re-jolie. Tu es rejetée de cent nouveaux castings. Tu re-pleures. Tu re-déprimes, et il revient pour te réconforter : « Écoute, toute chose arrive à qui sait attendre ». Et toi, putain, tu le crois encore. Alors, tu attends… sagement, patiemment. Tu attends partout où tu es. Partout où tu es, tu attends. Tu attends devant des portes qui restent fermées. Tu attends dans la rue sous la pluie que ton tour arrive. Tu attends devant ton téléphone, puis derrière ton téléphone, et même à droite puis à gauche de ton téléphone. Tu attends… Mais le temps, ton ami, a oublié de te dire quelque chose d’important : « Je passe vite ». Et il te laisse là, toute seule avec tes attentes, tes doutes, tes pleurs. Il te reste alors tout le temps que tu veux pour pleurer les rôles que tu n’as pas eus et ceux que tu n’auras pas.


Ludivine : J’ai rien compris du tout.

Publié dans théâtre

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