Ce qui est positif quand on a un blog, c'est qu'on peut y mettre ce qu'on veut : un nouveau texte par exemple.

Publié le par Guillaume Gamain



Papy.
Bon, eh bien voilà, ça y est, nous y sommes.
Le moment est venu. Il est venu en courant.
Vite. Très vite. Trop vite.
Je le hais. On le hait.
Mais pourquoi ce foutu moment ne s’est-il pas perdu en chemin ?
Disparu, égaré et jamais retrouvé.
Ce n’était pas le bon moment Papy.
Et pour une fois que tu n’es pas en retard, tu es en avance.
Jamais à l’heure. Encore une fois tu n’en as fait qu’à ta tête.
C’est vrai que nous devions tous nous voir ce week-end.
Mais pas ici.
A Montargis. Pas dans une église.
Chez Danielle et Dominique, ton frère.
Tu ne devais pas te cacher dans une boîte.
Tu devais être assis à table et profiter, regarder, rire.
Nous sommes là. Il fait froid. Plus froid qu’il ne devrait.
Quelqu’un a éteint le chauffage de nos coeurs.
Tu t’es éteint. Papy. Parti.
Nous sommes là. Ta famille, tes amis. Tes proches.
Tellement proches de toi et pourtant incapable de te serrer
dans nos bras une nouvelle fois, une dernière fois.
Je crois que je ne t’ai jamais serré dans mes bras. Fais chier.
Nous sommes là. Tous là et tous seuls.
Tu aurais quand même pu prévenir.
Dire que tu partais.
Un petit coup de téléphone. Un message. Un mot.
Qu’on s’y prépare.
Tu as fait ton coup en douce. Joli coup joli papy.
Nous sommes là. C’est là. Définitivement là.
C’est maintenant. Aujourd’hui.
Dommage, nous aurions pu attendre. Demain.
Nous aurions dû attendre. Après-demain.
Attendre encore quelque temps. Quelques années.
Attendre le plus longtemps possible. Nous avions le temps.
Nous n’étions pas pressés. Te presser contre nous.
Sentir ta joue mal rasée contre la nôtre.
J’avais le temps. Le temps de te revoir.
Le temps de t’écouter me raconter ta vie,
tes souvenirs, tes joies, tes peines.
J’avais le temps. Nous avions le temps.
Je pensais… que j’avais le temps. Tu voulais lire ma pièce.
Oui, bien sûr, Papy, on a le temps… La prochaine fois, quand on se verra.
Plus le temps. Plus le temps de rien. Je hais ce temps-ci.
Ce temps qui te convainc que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt,
qui te ment en te rassurant d’un doux « Demain est un autre jour »,
qui te freine avec un « toute chose arrive à qui sait attendre »,
et qui oublie toujours de te dire le plus important : « Je passe… vite »
Le temps est passé trop vite.
Trop de mots qui n’ont pas été prononcés.
Trop de sentiments non-exprimés.
Trop de pudeur insupportable aujourd’hui.
Des conversations qui ne se termineront jamais
parce qu’elles n’ont jamais commencé.
« On en parlera demain… » »
Oui, nous sommes là. On prend les mêmes, et on recommence.
Une grande réunion familiale. Tout le monde est là.
Tout le monde est beau :
Le regard est un peu triste, c’est vrai ;
l’œil est humide, c’est vrai ; le cœur aussi ;
mais ils sont tous beaux, sur leur 31,
ce samedi 15 janvier très laid.
Tout le monde est venu. Et oui même moi… tu vois.
J’ai fait un effort mon Papy parti.
Je n’aurais raté cette réunion de famille pour rien au monde.
Je pense à toi. Nous pensons à toi.
Je pense à toi… et à Mamie.
Je suis, nous sommes, heureux pour elle.
C’est cool Mamie, regarde ! Oui, là…
Le voilà. Il arrive. Il te rejoint.
Enfin. Ca y est. Il est là.
S’il te plait, ne l’engueule pas quand il viendra t’embrasser tendrement.
Promets que tu ne l’engueuleras pas !
Il ne t’a pas laissée seule si longtemps que ça.
Il a fait vite, trop pour nous,
et peut-être pas assez pour toi,
mais sois tolérante pour une fois.
Excuse-le. Il a fait de son mieux sans toi. Pas facile.
Vivez heureux ensemble. Vous êtes beaux.
Papy parti, je vais bientôt finir ce petit texte.
Quand je prononcerai le mot « musique »,
une chanson commencera à résonner ici.
Son titre en français : « Le miracle de l’amour ».
Invite Mamie à danser. Elle acceptera, c’est sûr.
Serre-la fort contre toi. Profitez de vous, pleurez de joie…
Et souffle lui à l’oreille qu’on l’aime, qu’on t’aime, qu’on vous aime, que je vous aime. Musique.»


Silence. "The Miracle of Love" de Eurythmics  résonne dans l'église.

Publié dans qq mots

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POSITIVE 30/07/2009 14:57

Merci Sacha.

sacha 30/07/2009 14:06

Putain Guillaume, je pleure comme une madeleine, c'est beau ce que tu as écrit avec ton cœur, toutes mes condoléances Mr Gamain

laura 06/02/2009 16:57

C'est très touchant

gamain 06/02/2009 15:47

merci ou désolé.

Frédérique 06/02/2009 14:38

Oh Guillaume, tu m'as fait pleurer lorsque j'ai lu ce texte.
Nothing else to say.
Frédérique