Un entretien avec Hans Bellmer.

Publié le par Guillaume Gamain



Au lendemain de la journée de la femme, je vous propose un entretien avec Hans Bellmer, artiste allemand, créateur de  « La Poupée » en 1934.

GG : La Poupée est votre œuvre la plus connue, pouvez-vous nous la présenter ?

HB : C’est une sculpture d’une jeune fille d’1m40. Elle est multiforme et composée de nombreux membres articulables.

GG : C’est à dire, Hans ?

HB : Haha ! Intrigué ? Elle a un ventre, deux bas-ventres, quatre hanches, quatre jambes, un buste à plusieurs seins, une tête et un cou amovibles. Quelle beauté !!!

GG : Vous la dîtes multiforme, alors que d’autres disent que votre Poupée est difforme…

HB : Qui dit ça ? L’Etat nazi ? Celui-là même qui qualifie mon travail d’« art dégénéré » ??? De leur part, je prends ça comme un compliment.

GG : On associe tout de même souvent votre œuvre à la perversion…

HB : Pourquoi ???? Parce que je l’ampute, la décapite, l’a transforme en monstre dansant et provoquant ? La Poupée est une affirmation poétique du surréalisme dans ce qu'il a de plus pur.

GG : Elle est victime de perversions sadiques : violentée, violée…

HB : Oui ! Elle est enfantine, érotique… La Poupée est une « créature artificielle aux multiples potentialités anatomiques », par laquelle j’entends découvrir la mécanique du désir et démasquer l'Inconscient Physique qui nous gouverne.

GG : Euh… ok, ok…

HB : Elle correspond à mon désir de voir la femme accéder au niveau de sa vocation expérimentale.

GG : Je comprends mieux pourquoi vous avez été enfermé…

HB : Haha ! Humour drôle ! Jeu de mots ! Vous faites référence à mon séjour au Camp des Milles au début de la seconde guerre mondiale avec Max Ernst ! Quelle rencontre ! Quel honneur ! Je remercie encore les autorités françaises de m’avoir arrêté en tant que ressortissant allemand, donc suspect à l’époque…

GG : Vous êtes surréaliste, monsieur Bellmer ! Vous êtes un Surréaliste !

HB : Haha ! Encore blagounette! Oui, surréaliste depuis que j’ai participé aux expositions surréalistes parisiennes en 1938… Et le plus surréaliste dans toute ma vie et mon œuvre, c’est que je suis mort d’un cancer de la vessie… Moi qui aimait pisser sur la réalité…

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v 09/03/2009 16:47

inquiétant ce type qui parle avec ta voix