Pourquoi les morts se couchent-ils tôt ?

Publié le par Guillaume Gamain



Bientôt deux ans que B. a emménagé dans sa maison de grand repos. Un bel endroit dans la banlieue ouest de Paris.
Un espace agréable et ouvert sur le ciel, un grand jardin arboré, de jolies allées fleuries et numérotés. Un voisinage très calme, non loin en temps et en distance de déménager dans cette maison de grand repos.

B. y est bien, tranquille. On ne lui connait pas de relations sociales particulières, mais qu'importe. Il profite de sa chambre individuelle et de son matelas douillet. Il n'ennuie plus personne. Personne ne l'ennuie. Il n'a plus rien et rien ne lui manque. Il est serein.

Ce samedi après-midi ensoleillé, G. et ses enfants sont en voiture et profitent d'un détour doux et impromptu par la banlieue ouest, qui serait trop long à expliquer ici et qui pourtant est à l'origine de la suite, pour bouleverser leur emploi du temps.
Plutôt que de prendre une route trop droite et trop rapide, nommée rue Pasteur, afin de rentrer chez eux, ils décident d'emprunter un chemin tout en zig-zag, rappelant à G. des pas alcoolisés, pour rendre visite à une vieille connaissance.

G. et B. sont de vieilles connaissances. G. connait B. depuis très longtemps. Ils n'ont pas vécu ensemble mais ils ont été voisins pendant de nombreuses années dans différentes maisons et appartements. Ils n'ont pas partagé leur vie, mais un peu de leur temps.

Depuis bientôt deux ans, G. voulait et ne voulait pas revoir B.  Il ne savait pas s'il aurait quelque chose à lui dire. Il ne savait pas si B. serait capable de lui répondre distinctement. Accompagné de ses enfants, la rencontre paraitrait plus jolie et plus facile à G. : énième inventaire des prénoms, des âges, des tailles, des ressemblances.

Après bientôt deux ans, G. gare sa voiture devant la maison de B. Le grand portail vert est fermé. G. sort du véhicule. Les enfants eux restent à l'intérieur. Un signe ? G. traverse la rue, s'approche mais ne sonne pas. Il aimerait le faire. Il est enfin prêt mais il n'y a pas de sonnette. Pas de cloche. Pas d'interphone, ni code. Juste un panneau accroché au mur qui indique les heures d'ouverture et de fermeture. Aujourd'hui, le grand portail vert ferme à 17 heures. Il est 17h08.
La maison de grand repos ferme ses portes très tôt aux visiteurs, même aux intimes. Probablement pour que ses pensionnaires restent au calme et se concentre sur ce qu'ils ont de mieux à faire dans ce bel endroit : se reposer de leur vie déjà passée. Et puis, quoi faire de mieux que de dormir quand on est mort ?

G. a rejoint sa voiture en se posant cette question, puis une autre : quand reviendrai-je ? Il sourit à ses enfants.


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G. 03/05/2009 23:04

B.? Un indice?

-- G.