Ce qui est passionnant quand on a son blog, c'est qu'on peut y raconter un rendez-vous raté.

Publié le par Guillaume Gamain


Ce soir, G décide de visiter B. Par surprise. B habite sur les hauteurs de Saint-Cloud, une ville de l’ouest parisien. Ils ne se sont pas vus depuis un an, depuis la naissance du cadet de G. Une visite haute en surprise s’annonce.

G est monté tout là-haut sur la colline. En voiture bien sûr, d’une part pour ne pas arriver en sueur et d’autre part parce qu’il ne sait pas faire autrement.

G voulait faire une surprise à B qu’il savait non loin de la chute de très haut. G ne voulait pas voir B. Il savait qu’à nouveau, il ne le reconnaîtrait pas. G n’a pas reconnu B la dernière fois qu’il l’a vu. B était un vivant-mort. G ne voulait pas voir B comme ça. G est monté voir B, et c’est une surprise pour G de faire cela. Il sait qu’il doit le faire. Une petite voix lui dit de le faire. Un petit doigt. Un petit silence téléphonique depuis quelques petits jours aussi. Dring dring répondeur.

G n’est jamais allé chez B, mais sait exactement où il habite.

Il est 21 heures. G est devant l’immeuble de B et fixe le troisième étage, le balcon, la baie vitrée entrouverte, la lumière venant de l’intérieur de l’appartement. Il fait chaud dehors. Un peu plus chaud à chaque seconde. Plus la nuit tombe, plus la chaleur augmente.
G est devant l’immeuble et regarde la grille d’entrée de la résidence, le digicode. G se sent bête face à ses chiffres illuminés de bleu.

Coup de téléphone à B. Dring dring répondeur.

La lumière éclaire toujours le balcon de l’appartement du troisième étage. G reste sur le trottoir et regarde. Il regarde tout et rien, le vide, un balcon, une grille, un rai de lumière. G cherche une idée, une aide, une main tendue dehors, une main tendue sur un balcon d’un troisième étage éclairé.

G cherche une réponse à ses questions : Comment entrer ? Comment ? Est-il ? Il entrevoit des réponses. G passe alors au-dessus de la grille et rejoint la porte vitrée de l’immeuble. Six mètres de progression. Nouveau digicode illuminé de bleu. Ignorance. G recule de six mètres et passe au-dessus de la grille. A reculons.

La lumière sort toujours par la baie vitrée entrouverte. Entrouverte autant que tout à l’heure.

G sait. G ne sait pas comment entrer. Dring dring répondeur. Mais que fait B ? La température dans la rue augmente. Ca y est. G a enfin la solution. Pas con ce G en fait. Il va téléphoner à un spécialiste. Un professionnel. Des professionnels pourquoi pas même. Des gens qui savent ouvrir des digicodes illuminés de bleu. « Allo, oui… Vous venez maintenant ? Merci. »

Les professionnels sont épatants. Sur place dans les cinq minutes avec leur camion de couleur rouge. Les professionnels sont venus avec des amis. Sans doute des voisins professionnels. Ils sont très équipés : hâche, clés, casques, casquettes, trousse de secours (s’il se blessent sans doute.). Ils passent au-dessus de la grille, ouvrent la porte de l’immeuble sans le moindre code. Quelle efficacité ! G a eu une excellente idée. G se félicite presque de les avoir appelés mais il n’ose pas. Il n’est pas sûr que ce soit une bonne idée de le faire à cet instant.

Les professionnels appellent B à l’interphone. Pas de répondeur mais pas de réponse venant de l’interphone de l’appartement du troisième étage à la baie vitrée entrouverte et éclairé de l’intérieur. Ils appellent la gardienne. Elle, elle répond. Une pro aussi. Elle ouvre. G n’est plus qu’à quelques pas de B. G se dit qu’il va payer cher cette histoire, mais il ne sait pas pourquoi il pense ça.

La gardienne, forte (et) aimable accueille la fine équipe avec le sourire et guide tout le monde à l’appartement de B. A croire que ce « tout le monde » veut faire aussi une visite surprise à B. Les professionnels casqués, les professionnels casquettés, la gardienne et G grimpent les trois étages. Ascenseur et escalier sont pris d’assaut. Tout le monde chez B ce soir. Soirée improvisée. Ce sont toujours les plus sympathiques.

Un professionnel casqué sonne à la porte de B. Pas de répondeur mais pas de réponse venant de l’appartement du troisième étage à la baie vitrée entrouverte et éclairé de l’intérieur. Il recommence. Il recommence. Il recommence. Un autre essaie. Pas G. Dring dring pas de réponse.
Un professionnel très motivé a une idée pour le moins originale et distrayante. Il sonne chez les voisins pour accéder à l’appartement de B par les balcons. Quel pro ce pro ! Trois minutes plus tard, bingo ! Il ouvre la porte de B de l’intérieur de son appartement.

G va enfin visiter B par surprise.

Le professionnel est moins dynamique qu’avant. Son visage s’est fermé. Ces collègues entrent dans l’appartement puis en sortent le visage fermé. G est dans le couloir et y reste.

La température est fraîche ici, froide même. Il faisait meilleur dehors.

B est dans l’appartement. G est dans le couloir. Entre eux, il y a trois mètres et une dizaine de personnes. B ne peut pas voir G. Il n’est pas en état. Il a chuté et c’est G qui tombe de haut. B a réservé une sacrée surprise à G.
B est-il là ? Oui. B est-il ? Non. G a les réponses à ses questions. G s’accroupit dans le couloir et se dit qu’il connaissait les réponses. L’intuition sans doute. G verse une larme mais ce n’est pas dans un verre pour boire un coup.

La veille, G était devant l’immeuble, devant le balcon du troisième étage, devant la baie vitrée entrouverte, devant la lumière qui venait de l’intérieur. Il n’avait pas eu l’idée, pas eu envie de réponses. Il était reparti. 


Publié dans qq mots

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Aurelie 06/05/2009 16:27

Le blog : préliminaire de la psychothérapie ?
Je t'embrasse fort !

G. 06/05/2009 13:54

J'ai mis un peu de temps à comprendre ... Mais j'ai compris.